Les noms de domaine en .de d’1 et 2 caractères mis sur le marché !
Samedi, octobre 17, 2009 17:08La nouvelle a fait l’effet d’un petit coup de tonnerre dans le microcosme du nommage germanique. Avant-hier, le Denic (registre du .de / équivalent allemand de l’AFNIC) a annoncé dans un communiqué de presse qu’il serait désormais possible d’enregistrer des noms de domaine en .de composés d’1 et de 2 caractères, ainsi que de chiffres. Ce type de noms de domaine était jusque là gelé par le registre allemand.
Ce mini-landrush aura lieu le 23 octobre 2009 à 9 heures précises et c’est la (bonne vieille) règle du premier arrivé, premier servi qui s’appliquera.
Il est intéressant de noter que le registre allemand n’a pas opté pour la méthode la plus en vogue ces derniers temps, à savoir celle d’une mise aux enchères. On ne pourra donc pas accuser le Denic de privilégier l’aspect mercantile. Les premiers servis ne seront donc pas les plus offrants, mais bien les plus rapides. La lutte technique et stratégique risque donc d’être belle. Les moyens visant à augmenter les chances d’obtenir son sésame sont divers et variés. Parmi eux, passer commande auprès d’un grand nombre de registrars – si possible en alternant les gros et les plus petits – pour espérer faire mouche chez Pierre si Paul n’est pas assez prompt.
Mais nous ne sommes plus en 1995 : aujourd’hui, les enjeux sont tels que même les registrars eux-mêmes participent parfois aux landrush (avec l’avancée technologique et administrative qui est la leur) pour alimenter leurs portefeuilles privés. De là à qualifier la manœuvre de délit d’initié…
Sedo va encore plus loin en se positionnant comme intermédiaire dans cette mini-ruée vers l’or. Le leader mondial de l’achat-vente de noms de domaine, d’origine allemande, ne pouvait pas laisser passer cette occasion rêvée de faire du buzz.
En utilisant sa technologie d’enchères en ligne, Sedo propose tout d’abord l’intégralité de l’inventaire sur son site (http://www.sedo.de/sonderauktion). En effet, la liste des L.de/LL.de/N.de/NN.de/NNN.de/NNNN.de/NNNNN.de a l’avantage d’être exhaustive car les combinaisons sont mathématiquement limitées. Partant de là, il est possible pour quiconque souhaite enregistrer un nom de domaine de cette liste de déposer ce que je qualifierais de pré-enchère virtuelle. Celui qui aura proposé l’offre la plus élevée d’ici au 22 octobre 18h remportera l’enchère.
Ensuite, Sedo tentera d’obtenir le domaine en question le 23 octobre à 9h pour le compte du meilleur enchérisseur, et ce via un registrar de son réseau de partenaires allemands. Si la manœuvre réussit, le nom de domaine sera transféré au client final. A condition bien entendu que le client en question se soit préalablement acquitté de sa facture. Si la manoeuvre ne réussit pas, le client n’aura évidemment rien à payer.
Plus étonnant, Sedo demande aux enchérisseurs de s’engager à ne pas essayer d’obtenir le(s) domaine(s) visé(s) par d’autres moyens, sous peine de devoir s’acquitter d’une « amende » de 2000 (!!!) EUR. Des méthodes pour le moins singulières.
En poussant la réflexion un peu plus loin, on peut même imaginer un phénomène de dumping assez préoccupant parmi les registrars allemands. En effet, tout laisse à penser que les registrars seront intéressés financièrement à l’opération via une commission sur les ventes. En d’autres termes, il sera plus intéressant pour un registrar d’ « attraper » un nom de domaine dans le cadre des pré-enchères Sedo que dans le cadre d’une relation classique avec un client final, à qui ne sera guère plus facturé que le prix de l’enregistrement du domaine. Concurrence oblige, tous les registrars allemands pourraient être amenés à penser la même chose. Au final, tous s’allieraient avec Sedo pour ces enchères spéciales et négligeraient volontairement les demandes de leurs client directs pour privilégier celles des clients Sedo. Pas très sport…
Bien sûr, la règle du premier arrivé, premier servi fait nécessairement des déçus et quiconque voudrait enregistrer un ou plusieurs de ces .de doit quoi qu’il en soit s’attendre à n’avoir que d’infimes chances de réussite. Mais je reste assez stupéfait qu’on aille organiser des enchères là où il n’y avait pas lieu d’en avoir. Les registres n’ont cesse de crier haut et fort qu’ils ne sont pas des gendarmes et on les comprend, mais le Denic ne devrait-il pas prendre position dans un cas de la sorte ?


